mar 062011
 

Le philosophe français Michel Serre partage dans cet article sa vision de l’enseignement et de l’éducation au XXIème siècle. Il dresse les portraits des élèves et des connaissances d’aujourd’hui.

Sa vision est très pessimiste, en ce qui concerne la perception par les générations précédentes des connaissances de ce jeune élève. Je pense pourtant que jamais les jeunes n’ont autant lu qu’actuellement; mais cet acte se déroule surtout hors de l’enceinte scolaire. Quelle frustration pour nous, enseignants! Ecoutons-nous: « nos élèves ne veulent plus lire! Au feu, Molière, Racine, Corneille! Ils ne savent plus apprécier la lecture. Ils ne lisent plus.  » Faut-il que nous ayons des œillères! Ouvrons les yeux, regardons un peu hors des quatre murs sacré de notre classe! L’écrit est omniprésent dans notre environnement; plus que jamais. La lecture n’est plus un acte de savoir, mais un acte purement utilitaire, un automatisme, un sens qui s’ajoute à la vue, l’ouïe et les autres lorsqu’on se déplace en ville. Le jeune lit, donc, par la force des choses, affiches, placards, panneaux, publicités, numéros de bus, tarifs, horaires,…

Le jeune d’aujourd’hui rédige, écrit aussi; mais rarement à la main (sauf à l’école, naturellement; on ne va quand même pas remettre en question 4000 ans de culture éducative, non?). Vous jugez ses écrits médiocres? Son orthographe déplorable? A vos yeux, seulement. Il est vrai qu’il ne s’adresse pas à vous, mais à ses contemporains. Ses écrits véhiculent sa culture et est adaptée aux moyens de diffusion qu’il utilise quotidiennement (SMS, IRC,…). C’est aller un peu vite en besogne que d’oublier que l’imprimerie à permis la diffusion à grande échelle d’autres écrits que la Bible, que la mécanisation de celle-ci a engendré la multiplication des écrits à très grande échelle (journaux, romans, affiches,…) et que l’ordinateur commence seulement à dématérialiser. Les 160 signes des SMS vous paraissent dérisoires. Mais à coup de 20, 30 ou 40, si ce n’est pas centaines de SMS quotidiens, nos jeunes écrivent bien plus que le plus passionné des amoureux épistolaire a pu écrire de lettres à sa douce durant le même temps. 160 caractère, fois 100, cela fait quand même 16’000 caractères. Et le tant décrié langage SMS est en fait un vecteur de communication très efficace et économe en caractères. Imaginez les idées que l’on peut dans ce cas colporter avec 16’000 d’entre-eux! Enfin, ayant ces derniers temps visité plusieurs châteaux, je ne vois guère en quoi les SMS d’aujourd’hui sont plus pauvres que les centaines de graffitis médiévaux qui courent les murs des salles d’arme ou de chevaliers.

Ah, oui, Molière. Déjà jeune, les lectures scolaires me barbaient au plus haut point. Je ne peux aujourd’hui blâmer mes élèves de penser la même chose. A l’époque, parfois, une lecture trouvait grâce à mes yeux et devenait une clé qui m’ouvrait une nouvelle porte de la littérature; alors que d’autres mes sont restées hermétiquement fermées (et le sont pour certaines toujours à ce jour).

Alors, mes élèves n’aiment pas lire en classe? Qu’importe, puisqu’ils sont de grands lecteurs hors de ma classe.

La conclusion, je la laisse à Michel Serre: je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html

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