Tout cela est-il bien raisonnable?

Les brumes de mon cerveau ne sont plus coopératives

 

Histoire d’Omaya, Nancy Huston

Elle est coincée. Encore une fois elle s’est coincée et Omaya se débat avec. J’ai passé ma vie à me débattre avec les fermetures Eclair, il me semble que je n’ai jamais fait que ca, essayer d’enfoncer le petit bout métallique dans le trou, ca entre mais ensuite ca se coince, je n’arrive pas à tirer la languette, mes doigts sont gigantesques et gourds, Omaya voit chaque ride autour de chaque phalange, profonds sillons dans la chair sèche, peaux rongés sous les ongles, taches blanches dessous, les doigts d’Omaya tentent de faire glisser la fermeture Eclair mais elle est cassée, j’en suis sûre, elle ne marchera plus jamais et j’ai si froid, les doigts s’irritent, agitent la languette, tirent violemment dessus, ca se coince, et là, sous l’épaisse frange forestière, mes pores commencent à exsuder un liquide visqueux, les autres ne peuvent pas le voir mais ils me trouvent risible, voilà dix minutes que je m’acharne sur cette languette et je n’en suis pas venue à bout…

[Histoire d’Omaya, Nancy Huston]

Du pur Nancy Huston, avec cette finesse d’écriture qui en fait l’un de mes auteurs préférés. Dans ce livre, elle mélange adroitement le je et le elle (Omaya) et la frontière narratrice/personnage principal s’efface. On en arrive à comprendre cette femme, loin de tout ce que l’on appelle la normalité, et pourtant parfaitement humaine. C’est un roman bref mais dur, qui reste profondément dérangeant même après la lecture.
Ce n’est pas par ce texte que je conseillerais de découvrir l’auteur franco-canadienne, mais cela reste un très bon opus, paru dans la collection Babel (collection de poche d’acte sud).

Publié dans : billet entièrement non sponsorisé, book (hein?), culture et cyanure
par frédérique
Le 30 novembre 2008
À 15:49
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Face au mur

de Martin Crimp, mise en scène d’Hubert Colas.
Bon, ok, je l’ai vu ya une semaine, et ca ne se joue plus. C’était cependant au petit théâtre de la Colline, à Paris.
Et c’était pas bon (du coup, vous me pardonnerez de ne pas en avoir parlé plus tôt!).
Je n’ai en fait pas compris grand’chose. Mais il y avait une astuce de mise en scène absolument géniale dont je voulais vous parler, des fois que vous soyez jeune metteur en scène prometteur. La scène était recouverte de ballons de baudruche, qui s’envolaient (ou éclataient) selon le rythme des pas des acteurs. A certains moments on se serait cru dans un tableau de Magritte, et c’était absolument formidable.
Malheureusement, ca ne fait pas tenir une heure et demie, et mon voisin qui s’est mis à ronfler au bout de 30 minutes, pourrait confirmer.Crimp a une écriture qui aimerait être à la hauteur de Ionesco ou de Beckett, mais il n’a ni la dérision du premier, ni le regard percant du second. Du coup, ces dénonciations tombent à plat, du moins dans Face au mur.
On pense aussi parfois à Lagarce, du fait du pseudo travail sur le langage qui fait artificiel: mais on est dans la narration et pas dans le jeu, sans que je parvienne à savoir si c’est la mise en scène, les acteurs ou la pièce elle-même qui est à mettre en cause. Et je ne suis pas sûre d’avoir encore 10 euros à dépenser pour en avoir le coeur net une prochaine fois.

Publié dans : billet entièrement non sponsorisé, culture et cyanure
par frédérique
Le 29 novembre 2008
À 13:55
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Pentecoast Alley, Anne Perry

Edward, le fils d’Emily, héritier de George, étudiait dans la petite classe en compagnie de son précepteur, et la petite Evangeline se trouvait à l’étage, dans la nursery; la bonne s’occupait de la changer, de son linge et de sa nourriture. Emily n’était en rien indispensable.
La cuisinière préparait le déjeuner; elle n’avait pas de souper à servir ce soir-là, Jack et Emily étant invités à dîner en ville. Emily avait déjà demandé à sa camériste de lui sortir la toilette qu’elle porterait pour l’occasion, une robe de soie vert forêt, garnie de fleurs ivoire et or pâle, qui mettait en valeur son teint clair et ses cheveux blonds: elle serait certainement remarquée.

Rhaaa mais quelle horreur ce bouquin! Le passage ci-dessus est typique: que de blabla inutile! Le style (ou plutôt son absence) est absolument insupportable : répétition, phrases de type sujet-verbe-complément systématique, aucune variété, aucun trait distinctif. Des renvois incessants vers des ouvrages écrits précédemment, mais qui n’éclairent en aucune manière le lecteur de ce livre. Du coup, les notes de bas de page sont inutiles.
D’autre part, l’intrigue est à la fois cousue de fil blanc et totalement invraisemblable: Matoo qui n’arrête pas de plaider pour la collection grand détective chez 10/18, ferait bien de lire ce livre pour en être dégouté à jamais.

Je vous fais quand même un micro résumé, des fois que vous soyez tentés: Une prostituée est assassinée, certains indices mènent à un jeune homme de bonne famille, le commissaire Pitt est amené à enquêter. Mais le roman ne vaut même pas pour la description de la vie de l’époque (directement après la période Jack l’éventreur, à Londres).

Publié dans : billet entièrement non sponsorisé, book (hein?), culture et cyanure
par frédérique
Le 22 novembre 2008
À 14:39
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Petit guide pratique à l’usage des usagers de hotline

Après 6 mois passés de l’autre côté du fil, quelques conseils:
1. Laissez le conseiller gérer l’appel: il connait les procédures, et les problèmes que vous avez, il est très rare qu’il ne les connaisse pas. Il ira donc chercher l’info auprès de vous lorsqu’elle sera pertinente par rapport à votre demande.
2. Ayez vos identifiants près de vous: même si cela vous semble inutile de nous communiquer votre nom/adresse/n°de contrat, c’est une procédure de sécurité qui nous permet de mieux vous répondre. Et ca facilite la gestion de votre problème/demande.(cf. 4.)
3. N’hésitez pas à dire tout ce que vous avez testé avant de nous appeler: cela nous évite de vous faire faire des manoeuvres répétitives. Attention, certains process (notamment chez les opérateurs de téléphonie) indiquent qu’au premier appel on doit demander au client de réinitialiser l’appareil. Sauf que vous l’avez sans doute déjà fait, et que de toute manière ca va couper la communication… Dans ces cas là…
4. Toujours faire référence à votre historique: dans la plupart des services client, le maitre mot est “traçabilité”. Le conseiller qui vous indique de faire quelque chose, à la suite de quoi votre appel est coupé, doit avoir laissé un message sur votre compte indiquant la manoeuvre et son résultat. N’hésitez donc pas, si vous avez déjà effectué le processus, à indiquer “mais je l’ai déjà fait, votre collègue ne l’a pas indiqué dans mon dossier?” Même si c’est faux (vous n’avez pas parlé au collègue), le conseiller que vous avez en ligne n’a pas les moyens de vérifier.
5. Réclamez. 1 fois par téléphone et deux fois par courrier: la plupart des process “réclamation” stipulent qu’il faut 3 demandes du client avant qu’on envisage un geste commercial.
6. Soyez aimable, même si vous êtes très énervé: la personne que vous avez en ligne n’est pas responsable du problème, elle est là pour vous aider. Et le point 4 pourrait se retourner contre vous. Parce qu’on n’oublie JAMAIS de laisser un historique pour signaler un client chiant, et que l’humain qui va lire l’historique sera beaucoup moins enclin à faire un geste envers un client qui a saoulé/insulté/pris pour un débile l’un de ses collègues.
7. ne sous estimez jamais notre pouvoir de nuisance: si on veut que l’appel dure longtemps, il durera longtemps: mais mettez vous dans la tête que nous sommes payés à la production: plus vite votre problème est réglé, plus nous sommes payés. Donc…
8. rappelez immédiatement si votre appel s’est bien passé: les calls center sont peut-être immenses, mais en fait tout le monde se connait, et si votre 1er appel a atterri dans un coin, le 2nd tombera sans doute pas loin. Et laissez le temps au conseiller de lire votre historique:
9. Ne vous énervez pas pendant une mise en attente: c’est plutôt bon signe, en fait: le conseiller recherche la solution à votre problème, et est sans doute en train de négocier une dérogation.
10. Ayez confiance: tous les opérateurs de calls-center ne sont pas des mercenaires sous-payés, et toutes les personnes qui répondent à votre demande ne sont pas moins compétentes que vous: au contraire: nous sommes des êtres pensants tout à fait capables de reconnaitre l’inanité de certains procédés. Un peu de bonne humeur, un mot gentil et votre interlocuteur sera d’autant plus enclin à s’asseoir sur des manipulation qu’il sait être inutile (mais préconisées par le client donneur d’ordre.)

Essayez, et je suis prête à parier que vous aurez de très bons résultats (et qu’on parlera de vous en bien. Parce que figurez vous que l’on communique ;))

Publié dans : billet entièrement non sponsorisé, ranafout, windmills of my mind
par frédérique
Le 17 novembre 2008
À 20:51
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Sombreros, de Philippe Decouflé

se danse en ce moment au palais de Chaillot, à Paris (metro trocadero) jusqu’au 13 décembre. (Prix des places, de 14 à 37 euros, c’est du théâtre subventionné).
Sombreros parce qu’au début et à la fin de la pièce, certains danseurs portent ces chapeaux. Mais aussi sombres héros et ombres tout court, parce qu’il en est beaucoup question dans cette chorégraphie.
Le président Salengro est un danseur à la dégaine incroyable, les ombres se croisent, se frôlent, se multiplient, tourbillonnent, et l’artifice va du plus simple (un comédien/danseur vêtu de noir imite un comédien/danseur vêtu de clair) au plus technique (projections video filmées en live avec pré-incrustations).
Il n’y a pas de véritables prouesses physiques comme on pourrait en voir chez d’autres chorégraphes: ici tout part d’une idée, l’ombre, déclinée à l’aide d’un fil conducteur (que je ne vous dévoilerai pas ici), et les danseurs comme les effets spéciaux sont au service de l’imagination du chorégraphe.
Le fait que le spectacle soit avant tout une chorégraphie n’empêche pas les personnages de parler, et l’on sent dans chaque phrase un humour rafraîchissant. C’est une pièce créée en 2006, mais elle n’a rien perdu de son actualité, et a d’ailleurs été réactualisé (le président a été “carlamélisé” et il est “déjà vendu”).
Si vous avez le temps (et l’argent, yurgl) allez-y, vous ne le regretterez pas. Et vous trouverez les détails de la tournée ici, avec également les critiques des vrais pros!

Publié dans : billet entièrement non sponsorisé, culture et cyanure
par frédérique
Le 16 novembre 2008
À 12:40
Commentaires : 2
 
 

Un roman russe, d’Emmanuel Carrère

Tout m’a été donné, dit-elle, à ma naissance: la culture, l’aisance sociale, la maitrise des codes, grâce à quoi j’ai pu librement choisir ma voie et vivre en faisant ce qui me plaît, au rythme qui me plaît. Nos vies sont différentes, nos amis aussi. La plupart des miens s’adonnent à des activités artistiques, et s’ils n’écrivent pas de livres ou ne réalisent pas de films, s’ils travaillent par exemple dans l’édition, cela veut dire qu’ils dirigent une maison d’édition. Là où je suis, moi, copain avec le patron, elle l’est avec la standardiste. Elle fait partie, et ses amis aussi, de la population qui prend chaque matin le metro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets-restaurant, qui envoie des cv et qui pose des congés. Je l’aime, mais je n’aime pas ses amis, je ne suis pas à l’aise dans son monde, qui est celui du salariat modeste, des gens qui disent “sur Paris” et qui partent à Marrakech avec le comité d’entreprise. J’ai bien conscience que ces jugements me jugent, qu’ils tracent de moi un portrait déplaisant.

Comment te dire, Emmanuel… Ben oui. Et tout ton livre est comme ca. Et ce n’est pas la conscience de cet état de fait qui te rendrait plus attachant. Parce que sérieusement, ton livre, j’ai eu de la peine à le finir. Peut-être parce qu’on en croise un peu trop souvent, des gens comme toi, quand on fait partie du “salariat modeste”. Peut-être parce que malgré tout le mal que tu te donnes (399 pages chez folio, quand même), tu n’as pas réussi à me persuader que tu valais mieux que ce portrait déplaisant que trace de toi ce portrait hautain des gens qui n’ont pas ta chance. A chaque page où tu évoquais ta douleur, j’avais envie de te frapper. De te dire de te bouger le cul au lieu de rester là à subir. Tu sembles dire que ce bouquin, ca y est, c’est ton action, qu’il t’a “libéré de tous tes fantômes”. Grand bien te fasse. Mais honnêtement, cela valait-il la peine de publier cette chose?

[Je tiens à remercier la sncf, les feuilles mortes, le “patinage” et l’incident à la station Luxembourg qui m’ont contraint à finir ce livre.]

Publié dans : book (hein?), culture et cyanure
par frédérique
Le 12 novembre 2008
À 20:16
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Pascale Picard

ne doit pas savoir qu’il y a un groupe qui s’appelle les fatals picards. Ou alors elle s’en tape (cf. smilin’!!), parce qu’elle se fout de pas mal de choses, la Pascale (cf. Annoying). Elle a pas sa langue dans sa poche et ça tombe bien, elle a une voix terrible.
Vous l’avez sans doute déjà entendue dans gate 22, qui tourne en boucle sur pas mal de radios. Mais elle a aussi fait une reprise de I wish you were here, qui cette fois tourne en boucle dans mon lecteur mp3 à moi.
Zêtes prêts?
Enjoy.

[Pascale Picard-Gate 22]


[Pascale Picard-wish you were here]

PS: L’album s’appelle me myself and us, il est sorti en 2007. Et merci à Christophe L. pour la découverte.

Publié dans : culture et cyanure, musique maestro!
par frédérique
Le 9 novembre 2008
À 12:31
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Dans les coulisses du musée, Kate Atkinson.

Invitée à choisir librement dans le catalogue offert par l’empire des songes pour sa première nuit en tant que ma mère, Bunty s’est arrêtée sur les poubelles.

[Kate Atkinson, Dans les coulisses du musée]

Un roman de Kate Atkinson, donc, aux éditions J’ai lu (donc petit pas cher). Et très drôle. D’un humour sombre, ironique, mais qui sous-tend chaque page de cette fresque familiale qui s’étend de 1900 à 1992.
La construction de ce roman se rapproche des romans de Nancy Huston, en plusieurs épisodes formant un tout cohérent. L’auteur raconte donc la vie de Ruby Lennox, habitante de York, et de ses ascendants, essentiellement des femmes, d’ailleurs: les hommes, même s’ils sont présents, ont des personnalités effacées et beaucoup plus lisses que leurs épouses/maitresses.
Un très bon livre, même si trop riche et foisonnant pour le lire impunément dans les transports en commun.

Publié dans : book (hein?), culture et cyanure
par frédérique
Le 8 novembre 2008
À 12:01
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Les libraires se cachent pour mourir

“Elle a un sac eastpack rose avec une Pucca cousue dessus, et sur le sien c’est Korn écrit au tipp-ex. On est aux limites de la rébellion, mais elle me semble canalisée”

Pour lire ce genre de phrases, c’est qu’il faut aller. Sur le blog d’un libraire spécialisé en BD, qui raconte son quotidien avec juste ce qu’il faut d’humour acide pour ne pas que je me lamente sur “ces blogs où on ne trouve que des typologies pénibles.”

Publié dans : revue de blog
par frédérique
Le 3 novembre 2008
À 18:25
Commentaires : 3