Dalva, Jim Harrison
Je me suis réveillé en sursaut à l’aube avec l’impression que quelqu’un m’épiait par la fenêtre. Cédant à une rare impulsion héroïque, je me suis précipité dehors en caleçon, mais il n’y avait personne sinon les chevaux qui me regardaient du corral. Ça ne dort donc jamais, ces bêtes-là? Le long de la rivière, les oies ont entonné un raffut nasillard, le ciel qui rougeoyait à l’est nimbait tout le paysage d’une lueur rosâtre. J’ai entendu les palpitations excitées de mon coeur ainsi qu’un oiseau que j’ai reconnu comme un engoulevent. Je me suis vaguement demandé si les Indiens se levaient toujours à l’aube, ou bien si, l’ennui aidant, ils faisaient parfois la grasse matinée comme les gens normaux. En tout cas, le vieux Northridge ne manquait sans doute jamais la première lueur du jour. Un passage de ses journaux indiquait qu’il cheminait toujours à pied ou à cheval dès que la lune était assez grosse. A chacun ses habitudes, j’ai pensé, mais de fait l’esprit émet sans cesse des commentaires que la voix à la sagesse de ne pas divulguer.
Je n’avais lu que retour en terre et légendes d’automne de Jim Harrison, le premier ayant été un peu trop sombre, le second ne m’ayant pas entièrement convaincue. Là, par contre…
Une histoire très riche, à plusieurs narrateurs, cohérente. (Dalva elle-même et Michael, son amant professeur d’université raté, qui déchiffre les journaux des aieuls de Dalva). De très beaux portraits de femmes et un regard critique sur l’histoire des Etats Unis, mais pas que ca: il y a deux véritables intrigues qui trouvent leur dénouement à la fin du livre. Une bonne saga très agréable à lire au coin du feu (ou dans le métro).